Fantasme : ce que disent les études et comment en parler à deux
Les fantasmes les plus courants selon la recherche, la différence entre imaginer et vouloir vivre, et une façon douce d'en parler en couple sans pression ni jugement.

55fantasmes évalués par plus de 1 500 adultes québécois dans l’étude de Christian Joyal
2seulement jugés statistiquement rares, tous deux illégaux
4 sur 5aimeraient vivre leur fantasme préféré, selon l’enquête de Justin Lehmiller
1 sur 5l’a réellement vécu
L’essentiel en bref
- Avoir des fantasmes est la norme : dans la plus grande étude sur le sujet, presque aucun thème n’est rare.
- Un fantasme vit dans l’imaginaire. Beaucoup de femmes interrogées disent ne jamais vouloir voir le leur se réaliser.
- Imaginer quelqu’un d’autre que son ou sa partenaire fait partie des scénarios fréquents.
- En parler à deux se fait par petites touches, avec le droit de dire non des deux côtés.
- Un fantasme qui revient sans être voulu et pèse sur le moral mérite d’en parler à un professionnel.
Une image te traverse l’esprit, au milieu d’une journée ordinaire ou juste avant de t’endormir. Elle t’amuse, te trouble, parfois te gêne. Et une petite voix demande : est-ce que c’est normal de penser à ça ? Ce fantasme, tu ne l’as peut-être jamais raconté à personne, pas même à la personne qui partage ta vie.
Bonne nouvelle : la recherche s’est penchée sérieusement sur la question, et ses réponses rassurent. On fait le point sur ce que disent les études, sur la différence entre imaginer et vouloir vivre, puis sur la manière d’en parler à deux sans pression. Et si la conversation donne envie d’explorer ensemble, notre sélection d’accessoires à partager en couple t’aidera à choisir sans te perdre dans les rayons.
Fantasme : de quoi parle-t-on ?
Un fantasme est une scène que l’on se raconte et qui éveille le désir. Il peut être bref ou très construit, réaliste ou totalement improbable. Il surgit seul, ou on va le chercher. Le magazine santé Allodocteurs le décrit comme une boîte à idées de l’imaginaire érotique : des personnes, des lieux, des situations que l’on imagine pour nourrir l’excitation.
Son pouvoir tient justement à son irréalité. Dans ta tête, tu contrôles tout : le décor, le rythme, les personnages, la fin. Personne n’est blessé, personne n’est déçu, rien n’engage. C’est ce qui permet au fantasme d’aller là où la vie réelle ne va pas, et d’y aller en toute sécurité.
Les fantasmes les plus courants selon les études
L’étude de référence a été publiée en 2014 dans le Journal of Sexual Medicine par une équipe québécoise dirigée par le psychologue Christian Joyal. Plus de 1 500 adultes, d’environ 30 ans en moyenne, ont évalué 55 fantasmes et décrit leur préféré. Le constat, résumé dans le communiqué de l’Université de Montréal, tient en une phrase de l’auteur : les fantasmes courants sont bien plus nombreux que les fantasmes atypiques.
Comme le détaille Le Quotidien du Médecin, seuls deux thèmes sur 55 sont statistiquement rares, cités par 2,3% des participants ou moins. Tous deux sont illégaux. Neuf autres sont jugés inhabituels. Tout le reste, c’est-à-dire l’immense majorité, relève du courant ou du typique.
Parmi les scénarios que l’étude classe comme typiques, on trouve :
- un moment d’intimité dans un lieu romantique, cité surtout par les femmes ;
- des émotions romantiques pendant l’intimité, en tête chez les femmes selon le Quotidien du Médecin ;
- l’idée d’une rencontre à trois, fréquente chez les hommes ;
- des jeux de pouvoir : entre 30 et 60% des femmes évoquent des thèmes de soumission, d’après le communiqué ;
- une personne autre que son ou sa partenaire, sujet sur lequel on revient plus bas.
Une limite à garder en tête : les volontaires qui répondent à une étude sur la sexualité sont sans doute plus à l’aise avec le sujet que la moyenne, et l’échantillon venait du Québec. Les proportions exactes peuvent donc varier ailleurs. Le message de fond reste solide : dans ces données, la diversité des fantasmes est la règle.
Fantasmes féminins : ce que la recherche observe
Les hommes de l’étude québécoise rapportent plus de fantasmes et les décrivent de façon plus détaillée. Chez les femmes, deux traits ressortent. Le ou la partenaire est bien plus présent dans leurs scénarios. Et le décor compte : le lieu, l’ambiance, l’émotion du moment.
Le point le plus parlant concerne la frontière entre l’imaginaire et la réalité. Selon les chercheurs, les femmes séparent plus nettement fantasme et désir. Beaucoup de celles qui imaginent des scènes de soumission marquées disent qu’elles ne voudraient jamais les vivre. La plupart des hommes interrogés, eux, aimeraient voir leurs fantasmes se réaliser. Si un scénario de domination t’intrigue au point d’avoir envie de le comprendre, notre article sur le kink et la façon d’en parler pose les bases du consentement.
Bon à savoir : les résultats décrivent des tendances de groupe. Tes fantasmes à toi ne disent rien de ta valeur, de ton couple ni de ce que tu as envie de faire demain.
Imaginer et vouloir vivre : deux choses distinctes

Le psychologue Justin Lehmiller a interrogé plus de 4 000 Américains pour son livre Tell Me What You Want. Sur son blog, il résume l’écart : environ quatre personnes sur cinq disent vouloir vivre leur fantasme préféré, à peu près la moitié l’a déjà confié à un partenaire, et environ une sur cinq l’a réellement vécu.
Entre l’image et l’acte, il y a donc deux marches : en parler, puis décider ensemble. Chacune est un choix, et on peut s’arrêter à n’importe laquelle. Un fantasme gardé pour soi reste un fantasme parfaitement valable.
Il y a aussi une bonne raison de ne pas tout réaliser. Allodocteurs rappelle que la réalité peut décevoir : dans l’imaginaire, on maîtrise chaque détail, ce qui n’est jamais le cas à deux. Vivre un scénario peut même faire naître de l’insécurité ou de la jalousie. Certains fantasmes gagnent à rester un décor intérieur, que l’on visite quand on veut.
Fantasmer sur quelqu’un d’autre quand on est en couple
C’est l’une des sources de culpabilité les plus fréquentes. L’étude québécoise montre que ce scénario est courant, en particulier chez les hommes en couple, qui y pensent bien plus souvent que les femmes. Une image n’est ni une promesse ni une trahison. Elle peut simplement refléter une envie de nouveauté, sans projet envers la personne imaginée.
Faut-il le dire ? Rien ne t’y oblige. Allodocteurs insiste sur ce point : parler de ses fantasmes reste très personnel et ne devrait jamais être une obligation. Certains thèmes, anodins pour toi, peuvent heurter l’autre. Celui-ci se partage avec une délicatesse particulière, ou pas du tout. Ce qui peut se partager, en revanche, c’est l’envie qu’il révèle : un peu d’inattendu, de légèreté, de jeu. Nos idées pour bousculer la routine à deux partent justement de là.
Parler de ses fantasmes en couple, sans pression

Selon Justin Lehmiller, la plupart des personnes qui ont partagé un fantasme décrivent une expérience positive, souvent bonne pour leur relation. Il précise aussi que le moment, le lieu et la façon d’aborder le sujet comptent. Voici une façon douce de s’y prendre.
Choisir un moment neutre
Un moment calme, sans enjeu, où vous êtes disponibles tous les deux. Évite le milieu d’une dispute ou un soir de fatigue. Une balade ou un dîner tranquille conviennent mieux qu’un lit, où l’autre peut se sentir attendu sur-le-champ.
Commencer petit
Partage d’abord une envie légère, presque romantique. La réaction de l’autre te dira jusqu’où aller ensuite. Si les mots manquent, une question ouverte aide : qu’est-ce qui te fait rêver, toi ? Nos questions pour se redécouvrir à deux offrent d’autres portes d’entrée en douceur.
Parler au conditionnel
J’ai déjà imaginé que…, ça m’amuserait peut-être de… Le conditionnel pose une idée sur la table sans rien exiger. L’autre peut répondre par la curiosité, par une question, ou par un simple sourire.
Accueillir sans juger, refuser sans blesser
Si ton ou ta partenaire se confie, remercie avant de commenter. Tu as le droit de dire que ce n’est pas pour toi, et l’autre aussi. Un fantasme partagé n’engage personne à le vivre. S’il vous tente tous les deux, Allodocteurs conseille d’en parler d’abord et de fixer des règles ensemble : ce que vous gardez, ce que vous écartez, le mot qui arrête tout.
Quand un fantasme met mal à l’aise
La plupart des fantasmes passent sans laisser de trace. Certains, pourtant, reviennent sans qu’on les ait voulus, ou laissent une gêne qui dure. Dans ce cas, inutile de rester seul ou seule avec.
Prends soin de toi : si une pensée t’envahit, te fait honte au point de peser sur ton moral ou sur ta relation, ou si l’envie de la vivre devient difficile à contenir, consulte un professionnel. Un ou une sexologue, un psychologue ou ton médecin peuvent en parler avec toi en toute confidentialité.
En résumé
Tes fantasmes font partie de ta vie intérieure, au même titre que tes rêves ou tes souvenirs. Les études montrent leur grande diversité et leur banalité rassurante. Tu peux les garder pour toi, en partager un fragment, ou en explorer un à deux, toujours avec l’accord de l’autre. Pour d’autres pistes autour de la vie à deux, la rubrique couple rassemble tous nos articles.
FAQ sur les fantasmes
Est-ce normal d’avoir des fantasmes ?
Oui. Dans l’étude québécoise de 2014, la grande majorité des 55 fantasmes évalués sont courants ou typiques, et seuls deux thèmes, illégaux, sont rares. Avoir un fantasme, même surprenant, fait partie de la vie érotique ordinaire.
Un fantasme veut-il dire qu’on a envie de le vivre ?
Pas forcément. Beaucoup de femmes interrogées par l’équipe de Christian Joyal disent ne jamais vouloir vivre leurs scénarios de soumission. L’imaginaire laisse un contrôle total que la réalité n’offre pas.
Quels sont les fantasmes féminins les plus fréquents ?
L’étude cite en tête les émotions romantiques et les lieux romantiques, et des thèmes de soumission évoqués par 30 à 60% des femmes. Le ou la partenaire y est aussi plus présent que dans les fantasmes masculins.
Fantasmer sur quelqu’un d’autre, est-ce tromper ?
Une pensée n’est pas un acte. Ce scénario figure parmi les plus courants, surtout chez les hommes en couple. Rien n’oblige à le partager : tu peux parler plutôt de l’envie de nouveauté qu’il exprime.
Comment parler de ses fantasmes à son partenaire ?
Choisis un moment calme hors du lit, commence par une envie légère, parle au conditionnel et laisse à l’autre le droit de dire non. Si un fantasme vous tente tous les deux, fixez les règles avant de le vivre.


